Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Sculpture en albâtre (1855)

 

S'il n'est pas connu de sculpteur de Champfromier, du moins l'albâtre de la carrière de gypse de cette commune a permis la création d'au moins deux œuvres présentées à l'Exposition universelle de Paris en 1855, un médaillon de Napoléon III et un bénitier.

Exposition universelle de Paris en 1855

Alexandre Sirand a publié en 1856 un ouvrage sur les Communes du département de l'Ain. Si l'on peut sourire sur le choix de certains des lieux-dits qu'il retient pour Champfromier (mais ils ne sont que copiés de l'annuaire de l'Ain, et ne seront pas plus corrects dans le Dictionnaire Philipon de 1911...) Par contre, un an seulement après l'Exposition universelle de Paris, on peut penser que l'auteur de ce livre, juge au Tribunal de Bourg et membre de plusieurs Sociétés savantes, faisait au moins partie d'un cercle relationnel qui connaissait personnellement les rares artistes de l'Ain dont les œuvres furent retenues pour cette prestigieuse exposition, et que les faits relatés sont exacts : un médaillon Napoléon III et un bénitier en albâtre proviennent de la carrière de Champfromier.

La présence de ces deux œuvres est bien attestée au catalogue de l'Exposition universelle de Paris, on relève même un bénitier et un reliquaire, réalisés par deux sculpteurs Rougemont (si les prénoms sont bien distincts) :

n° 5041 Rougemont (J.-A.), à Nantua (Ain).-Reliquaire. Bénitier [sic]
n° 7867 Rougemont (J.-Cl.), à Nantua (Ain).- Bénitier. Reliquaire [sic]
n° 8143 Faussillon dit Laroze, comité de Bourg (Ain).-Médaillon d'albâtre.

On relève aussi la mention dans une première page de l'Abeille du Bugey, hebdomadaire, revue dite littéraire, commerciale et agricole, des objets en albâtre (qui semblent avoir été réalisés par un seul sculpteur)  : "Le bénitier et le reliquaire en albâtre de Montanges, exécutés par notre compatriote M. Rougemont, figure avec honneur à l'Exposition des beaux-arts. Nous savons d'une manière certaine que ces deux objets font l'admiration des connaisseurs. Le bénitier a été estimé 5000 fr, par un habile statuaire de Paris. A. Arène" [Abeille du Bugey et du Pays de Gex, samedi 26 mai 1855].

La carrière de gypse de Champfromier était bien attestée, depuis la Révolution, en bordure de la Sandézanne, à la limite entre Champfromier et de Montanges, avec usine de plâtre à Prébasson. Le filon d'albâtre est par contre beaucoup moins évoqué. On en gardait cependant encore un souvenir hésitant en 1918, avec une mention par le chanoine archéologue Joseph Tournier dans le livre sur l'Histoire de Champfromier : "Certains bancs durs peuvent donner des blocs pour la sculpture. C'est de l'albâtre gypseux. On dit que le bénitier sculpté, qui est à droite en entrant dans l'église de Nantua, est en albâtre de Champfromier" [Introduction, p. XI].

Ce bénitier se trouve en fait actuellement dans la chapelle Sainte-Anne de l'abbatiale de Nantua, à gauche en entrant (h=112 ; l=98, bénitier finement sculpté composé de deux vasques, décors de feuillages, arcatures néogothiques, manque 5 coquilles à la vasque supérieure). Il est mentionné dans le pré-inventaire "Bénitier d'albâtre, œuvre de Rougement, directeur de l'école industrielle de Nantua, qui le présenta en 1854 au Comice Agricole et en 1855 à l'Exposition des Beaux-Arts de Paris" [Pré-inv., canton de Nantua, p. 50].

Bénitier albâtre de Pré-Basson 
Bénitier de la chapelle Ste-Anne de Nantua (Photos : Daniel Gindre et Conseil Général)

 

Par contre on a perdu la trace de ce médaillon, précisément décrit par Sirand : "En 1855, à l’exposition de Paris, Faucillon, dit Larose, sculpteur habile de Bourg, a fait figurer un beau médaillon en albâtre de Champfromier. On lit en lettres à jour formant guirlande autour des chiffres de l’empereur et de l’impératrice, la devise en lettres romaines de 27 millimètres de haut : Napoléon III, empereur ; l’Empire c’est la paix. Dans le coin, figurent quatre petits médaillons à jour, représentant les portraits et chiffres des mêmes souverains. Le tout avec bordure d’encadrement, à feuilles d’acanthe, violettes, entrelacs, etc. Ce travail est exquis".

Qui le retrouvera ? L'homme est par contre connu : Claude Faussillon, dit Larose (né à Bourg le 8 frimaire an XIII, décédé le 2 mars 1877, il fut serrurier (1830-1877), armurier (1850-1855) et sculpteur (1855-1859) [Rép. des artistes..., Paul cattin, 2004 (qui cite le Mémorial de 1855)]. Curieusement, concernant cette exposition, dans ce Mémorial de l'Ain de 1855 (page 22), Rougemont n'est pas cité mais Faucillon, dit Larose, sculpteur à Bourg, y est donné pour le médaillon en albâtre et un bénitier...

 

 

Références : Les Communes du département de l'Ain, par Alexandre Sirand, 1856 (Champfromier page 75) [AD01, usuels] ; Annuaire de l'Ain de 1855/56 ; Exposition universelle des produits de l’industrie de toutes les nations, Catalogue officiel publié par ordre de la commission impériale. Paris, E. Panis, 1855. LXIV-544 pages, BNF Tolbiac - Rez-de-jardin - magasin - [V- 38377].

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements Mmes Catherine Penez, Nelly Prost, Service du patrimoine immobilier et mobilier, Conseil Général de l'Ain, Daniel Gindre.

Première publication le 31 octobre 2012. Dernière mise à jour de cette page, le 22 janvier 2024.

 

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